Arrivée à Khajuraho – India

Ce matin il pleut et nous avons ressorti les pulls que nous avons enfilés sous nous ponchos/couvertures en poils de Yak. Mon amie vient d’entamer son premier cours de Yoga du voyage et j’écris.

Nous sommes arrivées à Khajuraho hier soir, assez tard dans la soirée, 23h peut-être. Nous logeons dans une nouvelle petite Guest House, le Yogi Ashram Guest House. Un charme fou. La plus adorable du voyage. Une grande maison blanche, plantée dans un grand jardin de manguiers et de fleurs. Malheureusement, pour l’instant, nous n’avons pu nous y délasser. Et, ce n’est pas l’orage matinal qui le permettra. Plus tard.

La chambre est grande, un lit immense, une salle de bain impeccable et nous avons même une douche (une vraie qui sort du mur, pas un baquet !) avec eau chaude ! Magique. Presque attenante à la chambre, une petite terrasse de style colonial, et le silence. Silence absolu, à peine dérangé à l’instant même de notre arrivée, par la déambulation d’un cortège de mariage. Encore. Tambours et disco mobile gueulante. Sommes-nous en pleine saison des mariages ou les indiens se marient-ils tant qu’il est impossible de passer une soirée sans en croiser un ? Deux le premiers soirs dans la rue sous la fenêtre de notre immeuble et, depuis, chaque jour un, deux ou trois mariages… Un vrai business. Mais c’est une autre histoire.

La question sonore revient souvent. Quand nous préparions notre voyage, mon amie m’avait un jour dit « Nous commencerons par nous reposer à Delhi » à quoi je lui avais répondu « je ne suis pas certaine que repos et Delhi dans la même phrase ça colle. » En fait, ce n’est pas Delhi, c’est l’Inde.
D’abord, on n’est jamais vraiment seul ici. 1,4 milliards d’Indiens dans un territoire dont la surface est certes égale à 6 fois celle de la France, mais tout de même. 1,4 millard, ce n’est pas rien.
Ensuite, car les Indiens ne sont pas ce que l’on qualifierait de discrets. Ils parlent fort, discutent énergiquement, négocient, partagent largement leur musique, et klaxonnent.

Le silence matinale qui règne ici, à peine, entrecoupé de sifflements, croissements, roucoulements d’oiseaux et, de temps en temps, d’un lointain moteur, me repose. Vraiment.10 jours dans le bruit quasi permanent, dans l’agitation, dans le tourbillon. Nous avons trouvé ici, un lieu propice à la relaxation, à la médiation, à la concentration. Mon amie y a trouvé un lieu idéal pour reprendre le chemin du Yoga et moi, celui de l’écriture.

Depart pour kajuraho

Notre arrivée ne s’est pas faite sans mal. Nous avons quitté la Guest House de Orccha en fin de matinée. Histoire d’être bien sûres de ne pas rater le train, nous avions prévu trois heures de battement. Notez qu’en Inde, il faut prévoir la journée pour un voyage annoncé de 4h. Les impondérables font la règle. Une fois qu’on le sait, on fait avec. D’abord, après une négociation serrée avec un rickshawalla (conducteur de rickshaw) nous avons obtenu un tarif pour Orccha – Jhansi défiant toute concurrence. Moins cher que l’Indian Price ! Il semblerait que l’on ait pris le pli… pas mal…Mais, après seulement 10 mètres, le tuktuk fait halte : le pneu est défoncé (pas crevé, non, défoncé !) il faut le changer. « No Problem M’ame, 10 minutes » Cette phrase nous l’avons entendue, en 10 jours, des centaines de fois. Mais, désormais, nous savons que cela signifie en réalité : entre une heure et deux d’attente, minimum.Nous en avons profité pour aller saluer nos amis d’Orccha, la petite famille Sonu, Sabita et Nanou. Ils nous manqueront, un dernier petit chaye, quelques photos remises sur clefs USB (Sonu a un ordinateur, un email et un compte Facebook !) nous garderons le contact et, peut-être, retournerons-nous les voir bientôt. Nos vrais premiers amis indiens. Je n’oublierai jamais vos sourires et la gentillesse que vous nous avez témoignée, vos regards et les moments que nous avons partagés. Merci.

Une fois la roue changée, nous avons pris la direction de la Gare de Janhsi. Une bonne dizaine de kilomètres en tuktuk, c’est toujours folkrique. Pour la première fois, nous pouvions vraiment voir les paysages ruraux s’étirer sous nous yeux et, à chaque hameau, à chaque étendue d’eau, des ordures, des poubelles, des déchets…

C’est une question centrale du développement en Inde, les déchets, comme l’eau potable, l’accès aux soins de base, l’accès à l’école. Dans un pays qui fait blêmir les riches occidentaux dans sa capacité à se développer, grandir, prendre des marchés, que notre Président va draguer pour y vendre les fleurons de notre industrie, sans compréhension aucune de la réalité locale, les enjeux eux, restent basiques.

Au cours de cette « balade » en rickshaw, dans un tas de poubelles, encore, un corps. Allongé de tout son long, le visage tourné vers le sol. Un cadavre ? Probablement. Comme abandonné là. La conception de la vie et de la mort est tellement éloignée de la nôtre. La vie n’est qu’une étape de la samsara, le cycle de réincarnation, elle est donc contigente, non nécessaire, relative. Quoi dire de plus à ce sujet ? Nous ne l’avons vu qu’une demi douzaine de seconde. Un corps. Point.

A la gare de Janhsi.
Notre train n’était évidemment pas affiché en pénétrant dans le hall central. C’eût été trop beau. Persuadées que nous étions pour cela trop en avance, nous sommes dirigées vers les retiring rooms, ces petites salles d’attente top confort que l’on trouve dans toutes els gares indiennes, où sanitaires impeccables et télévision permettent aux passagers de patienter. A défaut de faire arriver les trains à l’heure, les Indiens aménagent des espaces d’attente confortables. On appelle ça le sens pratique.
Là, avec les femmes, question de sécurité oblige, nous avons découvert l’équivalent des Novelas (feuilletons) brésiliens, version Indiens, dans la salle d’attente réservée aux femmes. En tous points identiques à la version latino américaine : mêmes plans, mêmes genres de personnage et d’intrigues, de fonds musicaux… seules les tenues changent, ici sarrehs et pydjamas de rigueur.
Et, nous avons attendu. Attendu que notre train soit affiché. Une heure était passée, le train n’était toujours pas affiché. Il était censé partir un quart plus tard et nulle trace du Janhsi – Khajuraho n°19666. Un peu inquiètes, nous avons posé la question aux passants, aux guichetiers des boutiques sur le quai… Réponse identique : « No problem, m’ame, 10 minutes, good Platform, n°2, no problem. » Encore. Et nous attendons. Une heure de retard, assises sur le quai, toujours rien. Calmes et résignées. Comme tout le monde. Le temps d’observer la vie qui s’installe entre les voies, les petits commerces, le libraire ambulant, le stand à téléphones, la chipserie (à défaut de sandwich on y trouve surtout des chips et du thé, évidemment), le primeur (bananes, raisins, pommes…), les porteurs de bagages vêtus de rouge, les panneaux  « Interdit de cracher », quand tous s’y adonnent sans gêne aucune. Les retards ont ça de bon, d’une certaine manière ils génèrent une économie liée.
Une idée à suivre en Europe. On se plaint des retards répétés de la SNCF, plutôt que d’y trouver à redire, inventons une façon de transcender ces moments d’attente. Après le marketing d’attente, si on inventait des activités de l’attente… ?

Le sous-continent est extrêmement bien maillé par son réseau ferroviaire, on peut rejoindre à peu près n’importe quelle ville par le rail. La seule vraie difficulté, ce sont les retards et même parfois, l’absence des trains. Retards et annulations, sont courants. On fait avec et, au final, ça semble fonctionner.

Je décide d’aller voir au tableau d’affichage central, à l’entrée de la gare. Le train est là, annoncé dans 10 minutes. Ouf. Hourra. Je remonte à toute allure vers le quai, escaliers, rampes, sorry sorry, je me glisse entre deux sacs à dos de touristes et les valises d’une petite famille et retourne retrouver mon amie lui annonçant que le train ne va plus tarder, dix minutes tout au plus. 10, 20, 30 minutes toujours rien. Quand encore 45 minutes sont passées, le train s’affiche enfin sur les tableaux de notre quai. Depuis deux heures que nous sommes assises sur ce quai, quelques trains sont passés, et dans les enceintes la voix ne s’est pas arrêtée : citant toutes les destinations desservies depuis la gare, « Your Attention please.. blabla.. Agra.. Delhi.. Mumbai.. Kajurahao.. blabla » mais toujours pas de train.
Là, la petite voix dans les haut parleurs annonce « your attention please.. blablabla.. Kajuraho.. just five minutes… » Si même la voix s’y met… On n’est pas sortie de l’auberge. Crise de fou rire, nerveux, peut-être ? L’Inde c’est comme ça, tu veux prendre le train ? S’il vient tu seras heureux qu’il t’emmène à destination. Sinon, tu reviendras demain.
Bon, avec nos deux bonnes heures et demi, presque trois heures de retard nous sommes arrivées dans la nuit à Khajuraho. Averses, tonnerre. Heureusement, nous avions anticipé en demandant à l’hôtel d’envoyer quelqu’un nous chercher. Notre rickshawalla nous attendait, malgré le retard. India is magic. Nous sommes montées dans son petit tri-roues motorisés, à peine protégé de la pluie par deux bâches plastiques de chaque côté, les fesses mouillées sur le sky noir qui n’avait pas été protégé, en route pour encore 15/20 minutes d’une « balade » nocturne, sous la pluie, dans le froid pour de nouvelles aventures.
Et nous avons découvert notre nouvelle maison, le Yogi Ashram Guest House, ce qui se rapproche le plus d’un Ashram depuis le début de notre séjour. Une résidence calme où sérénité rime avec concentration.
Dernière étape avant Bénarès.

Khajuraho est un petit village, le Routard indique que seuls 4000 habitants y résident, mais il recèle des trésors archéologiques, une série de 25 temples construits entre 950 et 1050, complètement oubliés et redécouverts par un Britannique au XIXème siècle. Lieu fort du tantrisme et site classé au patrimoine mondial de l’Unesco, nous y resterons quatre jours. Quatre jours de balades, de concentration, de yoga et d’écriture avant de rejoindre notre destination finale Varanasi/Bénares.
J’essaierai de rattraper un peu le retard de tout ce que je souhaite vous raconter et monter les images qui commencent à s’accumuler mais je ne vous promets rien. Je suis d’abord ici pour apporter les dernières corrections à mon manuscrit…

Très bonne journée mes amis.

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