Cooking Lesson au Moonlight Restaurant – Orccha India

Assise en tailleur sur la petite marche qui sépare la cuisine du Moonlight de la salle version top roof (toit terrasse), mon esprit vagabonde.

Nous avons passé presque toute la journée

COOKING LESSON MOONLIGHT

assises en tailleur dans l’arrière-salle du restaurant que nous avons choisi, dès notre arrivée, comme notre futur repère. Et, une fois n’est pas coutume, immédiatement nous avions sympathisé avec cette si charmante famille.

Sonu, Sabita et Nanou, leur petite fille de deux ans. Nous les aimons déjà et, d’une certaine manière, ils nous ont adoptées. Depuis quatre jours nous dînons, déjeunons et

SABITA

même parfois petit déjeunons ici. Sabita, toujours drapée dans de superbes sareehs violets, affiche les généreuses formes de la future maman. Dans quelques semaines elle donnera naissance au petit frère ou à la petite sœur de Nanou – en Inde il est rare que l’on connaisse avant le terme le sexe de l’enfant. Ils nous ont expliqué qu’elle partira bientôt dans sa famille pour l’accouchement.

Contrairement à de nombreux couples d’Indiens, où la place de la femme n’a rien d’idéal, eux se chamaillent, discutent, négocient, et roucoulent. Un vrai petit couple d’amoureux. Nous les aimons, ils sont devenus nos amis, notre famille d’adoption. Ils se défoncent dans leur petit restaurant pour assurer un avenir meilleur à leur fille, lui offrir des études, et tout ce qu’elle voudra.

D’une certaine manière, en les regardant s’occuper si adorablement de leur petite Nanou, je me suis dit que malgré eux, ils préparaient la relève et même, un bout de l’avenir du monde. La rapidité avec laquelle l’Inde se développe tant économiquement que

NANOUdémographiquement lui assure un rôle de premier ordre dans les 20 ans à venir. Et, les enfants qui y grandissent aujourd’hui, y feront leurs études ou voyageront de part le monde, seront au cœur du monde de demain. Ils ne le savent pas, ils ne peuvent pas le savoir depuis le toit terrasse de leur petit restaurant mais leur fille et ses camarades de jeux, changeront le monde.

Heureuse d’avoir pu assister à ce monde en changement, heureuse d’avoir serré dans mes bras l’avenir du monde, comme une vague d’espoir entre mes épaules, confortablement installée dans les pans de ma jupe en tailleur. Un petit bout de petite fille, un grand bout d’espoir.

Avec ses crocs roses aux pieds et son jean, du haut de ses 50 centimètres, elle observe de ses deux pupilles noires intense et apprend, comment utiliser un Iphone en moins de 10 minutes ou les cours de la bourse en ligne… So cute.

Nous avons donc passé la journée avec eux, à cuisiner avec les femmes et à servir en salle avec les hommes. Pour la première fois, m’a avoué un homme à table, ils étaient servis par des européennes. Ajoutant qu’ils étaient extrêmement touchés d’une pareille marque de respect. Que répondre, si ce n’est les paumettes rosies, les mains jointes devant soi, que c’est un bonheur et une joie pour nous de partager ce moment avec eux, qu’aider – les avons nous seulement aidé, tout moins nous avons tenté de me pas les déranger – cette famille est un plaisir… Franchement que dire ? Merci. Namasté.

Nous avons même eu droit à la vidéo, aux photos et aux « pourquoi êtes-vous là ?? ».. Tellement étrange pour eux de voir ces deux jeunes nanas européennes servant l’eau (pani) et les chapatis cuits à l’huile bouillante (puri)…

Un moment de grâce, assises en tailleur, à même le sol, les femmes pétrissant, étalant et faisant frire la pâte, les hommes servant les plats et nous, aidant qui au service de l’eau, qui à la cuisine, comme nous pouvions. J’ai envoyé une photo de ce moment magique à l’un de vous qui m’a répondu « ils n’ont rien ». Ces quelques mots ont résonné en moi, étrangement… Je ne m’étais, à aucun moment, posé la question en ces termes. C’est vrai, qu’ils ne disposent pas d’un joli plan de travail carrelé, ni de tabliers blancs, encore moins de grands éviers en inox ou de friteuses ultra modernes mais ils ont l’essentiel. La relation. L’humanité.

PURI

Cet instant de grâce hors des temps modernes, très éloigné de ma vie full connected, des salons professionnels, des buffets de petits fours et de coupes de champagne, m’est sincèrement apparu comme un moment d’intense humanité. Comme si, je me sentais plus humaine, plus viscéralement humaine, que je ne l’avais depuis longtemps été.

Les rires des enfants dans la semi-pénombre de l’arrière cuisine, le feu crépitant sous la gamelle d’huile bouillante, les conversations des femmes en tailleur, les mains qui se saisissent à plein des petits plats, les gobelets d’eau en plastiques, les galettes de puri jetées dans le papier journal, les petits doigts des gamins tripotant la pâte, les sourires, ses rangées de dents blanches amusées, les visages, les étincelles dans les yeux, les tikkas bordeaux entre les pupilles…

BOY AT MOONLIGHT

En Europe nous vivons en une minorité qui se croit éclairée. La grande majorité de l’humanité ne se soucie pas des derniers gadgets hightech, et pourtant ce sont eux qui les fabriquent… Dire que ces gens ont ce que nous n’avons perdu, l’humanité et la relation à l’autre, peut apparaître comme galvaudé à l’excès, sûrement, mais, aujourd’hui j’ai eu l’impression que c’était vrai.

Je me suis sentie vivante, très vivante, les pieds bien ancrés dans le réel. Là où je devais être. Au bon endroit, au bon moment, avec ceux que je devais rencontrer.

Merci à vous qui ne lirez jamais ces réflexions, merci à tous ceux qui ont croisé ma route aujourd’hui, hier et demain, car vous m’avez guidé ici.

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Une réflexion sur “Cooking Lesson au Moonlight Restaurant – Orccha India

  1. A ta lecture, on prendrais facilement pitié de ces braves gens… Mais ils n’en ont pas besoin, de notre pitié. Ils sont heureux comme ça dans leur petit restaurant. Ce sont les étrangers, comme toi ou moi, qui viennent leur insuffler des désirs nouveaux et donc des besoins matériels qu’ils n’avaient pas jusque là. D’une certaine manière, leur vie simple était bien plus sage que la nôtre jusqu’à maintenant, et nous venons troubler leur insouciance en faisant miroiter sous leurs yeux les gadgets de notre technologie matérialiste… Seront-ils plus heureux quand ils auront une cuisinière à gaz, un iPhone dernier modèle et une voiture luxueuse, le tout payé à crédit sur vingt ans ?… Ce que nous considérons comme le progrès social est une arme à double tranchant.

    Tu sais que tu parviendrais presque à m’attendrir ?!… Vraiment cool devoir ton adoration pour cette petite fille. Aurais-tu des envies maternelles ?
    En plus, le rouge te va si bien. ;c)

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