Premier regard sur l’Inde : arrivée à New Delhi

Le vol Air India AI 142 a atterri lundi matin à 10h00 heure locale. 10h00, plus ou moins. De fortes intempéries météos ont rendu l’atterrissage mouvementé, mais il paraît que ce n’est pas rare en inde. Un article de presse lu dans le train mercredi matin, entre New Delhi et Agra, révélait pourtant que le niveau des eaux n’avait pas été aussi élevé dans la capitale indienne au cours des 70 dernières années. C’est dire. Bref, nous sommes arrivées en pleine mousson hivernale. Autrement dit, en pleine faille logique météorologique. Nous aurions dû nous en douter, l’exception à la règle sert de norme en Inde. Notre atterrissage aurait dû nous mettre la puce à l’oreille. Et pourtant…

arrivée à l'aeroport de delhiMal réveillées après près de 8h de vol, (j’ai trouvé ça finalement court, bien plus en tout cas que les vols au long cours entre Paris et Rio auxquels je suis davantage habituée) nous avons investi la gare ultra moderne de l’aéroport de Delhi. A grands coups de « Welcome India » nous avons arpenté les tapis roulants entourés de moquettes, l’idéal pour une session de yoga improvisée. Ou pas… Un genre d’immense Ashram Airport …

Nous riions émerveillées à la simple idée des aventures extraordinaires qui nous attendaient. Persuadées que l’avenir était à nous et, à la lecture des pages sur Delhi dans nos guides, que de passionnantes visites dans lesquelles se jeter à cœur perdu attendaient avant de découvrir les autres villages et villes de la Ganga’s Valley. C’était sans compter que nous étions en Inde. Entre la théorie et la pratique, il y a… l’Inde.

Jusque là tout allait bien. Harnachées de nos sacs à dos trop lourds pour deux jeunes nanas, nous nous sommes dirigées vers le métro. Contrôle militaire à l’entrée, fouille, petite musique d’ascenseur… de quoi faire mentir tous les reportages sur une Inde désorganisée et bruyante, sale et colorée. Gris, beige, métal et verre. Le top du moderne. Première impression : le métro parisien peut aller se rhabiller, même l’élégante ligne 14, toute automatique soit elle, n’a rien à envier au métro delhite. Débarquement à la station éponyme : New Delhi.

Sur la carte, cela semblait simple. Pour rallier notre Guest House, située en plein Pahar Ganj – le quartier des routards par excellence paraît-il, il suffisait de traverser la gare centrale, The Railway Station of New Delhi.

Sortie de l’aseptisé couloir, pleine claque dans la figure. Capharnaüm sonore, couleurs en pagaille, pauvreté criante, dédale humain et moteur, rickshaw jaunes et verts, taxi, charrettes à chevaux, camions, et des hommes des femmes par milliers.

Première mission, trouver l’entrée de la gare puis direction le quartier. On nous oriente à droite, puis à gauche, visiblement ce n’est pas si simple. Déjà, deux ou trois conducteurs de rickshaws nous proposent leurs services. Habituées à marcher et, surtout, à nous débrouiller par nous-mêmes, en mode « routard it’s my life » nous déclinons chaleureusement, un grand sourire sur nos visages émerveillés. Emerveillées de ce bain de foule, de se bain d’Inde, de ce contact instantané avec le réel, avec ce, précisément, que nous rêvions de rencontrer.

Le temps est maussade, il a plu beaucoup ces dernières heures. Entre les morceaux de bétons jonchant l’avenue en guise de trottoir, les conducteurs déjantés, le nombre croissant de véhicules et les flaques de boue gris noir, nous haletons déjà sous le poids de nos sacs. Il faut trouver le chemin et vite.

Arrivées à la gare. Chaque minute qui passe est l’occasion pour plusieurs dizaines de transporteurs de nous offrir leurs services : rickshaw, en bicycle shaw, taxi.. « Hey m’ame, rickshaw ? » on décline, persuadées que l’on va trouver notre chemin. Seules. 3 personnes sont déjà venues nous aider, sans que nous n’ayons rien demandé. Des corps jonchent le sol de la gare surpeuplée. Des jeunes, des vieux, des hommes, des femmes, des enfants, des pauvres, des très pauvres, des mendiants, des travailleurs, et quelques voyageurs, backpackers pour la plupart. Comme nous. Sac à dos, les yeux bridés ou la peau trop blanche pour ne pas détonner. Ceux-là, les yeux ahuris par un décor délirant, hallucinant, tout droit de la Cité de la joie, trop dingue pour être réel, se sont aussi les nôtres. Intellectuellement on l’imagine. Mais, quand le réel supplée la fiction, les choses prennent une autre tournure.

En désespoir de cause, je sors mon Iphone français, on appelle la Guest House. Ca va nous coûter une fortune, mais il faut trouver une solution. Là, le gars, nous dit de prendre un rickshaw et que ce n’est pas loin. A force que l’on nous martèle qu’il est interdit de traverser la station sans laissez-passer d’un hôtel ou un billet de train, oui, j’avoue, on l’a appelé. A l’heure qu’il est, nous avons quitté Delhi et, en toute franchise, nous n’avons toujours pas découvert le fin mot de cette histoire. Est-ce vraiment impossible de passer de l’autre côté sans gagner la visite complète du quartier ? Mystère et boule de gingembre…

OK, donc mission rickshaw, on s’extirpe de la masse humaine et grouillante. Nuit, jour. La densité est telle, l’impression de pressurisation si forte que le gris opaque du ciel menaçant nous fait l’effet de la lumière au bout du couloir. Bicycle richaws a dit le patron de la Guest. Le premier qui passe sera le bon. Ou pas.

Il attrape nos sacs, je grimpe, mon amie me suit, je crois comprendre que l’on s’est mis d’accord sur un tarif. Je crois.

Sauf, qu’il ne maîtrise pas les chiffres en anglais et que l’addition se révéle à la sortie dix fois plus élevée que ce qu’elle aurait dû être. Sans compter l’aventure que nous avons vécu. Pendant les 30 premiers mètres, je n’ai eu de cesse de répéter « je vais tomber, je vais tomber… » car oui, en équilibre sur le petit siège en plastique à peine calée entre mon amie et les sacs, je manque de glisser sur le bitume à chaque instant. Il s’arrête, place l’un des sacs à l’arrière, c’est parti. « Accrochez vous, mesdemoiselles, ça va swinguer. »

Ni une ni deux il emprunte la chaussée, shorts et teeshirts gratuits pour tout le monde. Comment croire que du haut de son vélo aménagé en taxi de fortune il partage la route avec d’autres milliers confères de galère, entre ses cousins motorisés et les voitures neuves marque TATA, of course. Comment croire que tout ce petit monde parvienne à se partager quelques mètres de largeur d’enrobé. Comment ? Comment ne pas entrapercevoir la mort à chaque coup de pédale, tout au moins l’accident grave ? Simplement, en s’armant d’une dose d’humour et d’inconscience suffisamment forte pour s’insuffler intérieurement « welcome India ».

Je ne sais comment nous avons franchi la petite marche avec le rickshaw à pédales, mon amie, le conducteur, tous nos sacs et moi, sans même qu’il ne pose le pied par terre, mais il l’a fait. Y’a du métier. Indubitablement.

Arrivée dans le quartier. A l’entrée de la rue : douche froide. D’abord notre bicycle chauffeur refuse d’aller plus loin. Nous devrons poursuivre à pieds. Ensuite, car visiblement il affiche un tarif exorbitant. Nous finissons par lui donner raison. Un goût amer d’embrouille sur le palet. Il a fait sa semaine avec deux touristes. En affaires ce n’est pas toujours le volume qui compte, parfois la qualité de la facture suffit. La nôtre fut salée, à l’excès. Avec le recul nous en rions, évidemment. Mais sur le moment, en toute franchise, pas vraiment. Mais l’urgence n’était pas à se morfondre, nous ne savions toujours pas précisément où nous allions dormir et les sacs à dos continuaient de peser sur nos cervicales, il fallait trouver. Et vite, de préférence. Un véritable bicycle show, dans tous les sens.

pahar ganjOn avance, un, puis deux hommes se joignent à nous. Encore. Et ce n’est que le début. Dès lors, impossible de faire un pas dans la rue, impossible d’entretenir un conversation, si privée soit elle avec mon amie, sans qu’un nouvel ami, un nouvel improbable ami, vienne nous tenir compagnie. Vas-y que je t’embrouille. Et tu viens d’où, et tu vas où. Il nous assure que ce n’est pas le bon chemin. Refroidies par l’expérience de la gare nous continuons, n’écoutant que notre instinct et le déroulé des numéros sur les devantures. Croisant les doigts pour que le nom de la Guest House finisse par se dessiner en lettres majuscules sur la façade d’un immeuble. Pour que, enfin, « nos invités malgré nous » finissent par nous lâcher les pompes remballant du même coup leurs salades. L’arrivée à Delhi est violente. Pas un geste déplacé, mais une violence morale constante. Une claque mentale. L’environnement est hostile à deux jeunes faces pâles, en jean et sac à dos. Un euro majeur semble dessiné sur nos fronts, comme jeté par une fronde au front noir de la nuit urbaine. Il va falloir prendre sur nous.

Il fait froid. Mal couvertes. Persuadées que nous partions dans un pays chaud, la douche et froide. Elle le sera encore plus quand nous découvrirons qu’en Inde, avoir de l’eau chaude dans sa salle de bain, n’est pas chose communément admise par toutes les Guest House. Première douche, donc, glaciale, au baquet avant de rejoindre un matelas qui n’a pas été nettoyé depuis des mois. Heureusement nous dormirons dans nos duvets, mais c’est une autre histoire…

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6 réflexions sur “Premier regard sur l’Inde : arrivée à New Delhi

  1. FORMIDABLE reportage !
    Je te suivais pas à pas à la lecture, respirant les odeurs et évitant les flaques, le coeur un peu serré tout à la fois d’angoisse et de joie…
    Du très très bon boulot. Continue comme ça ma petite Lucie Kessel ! ;c)

      1. C’est vrai que je ne fais pas de cadeau parce que je ne supporte pas la médiocrité dans l’écriture. Je savais déjà que tu écris bien, mais là tu m’as épaté.
        Bon, point trop n’en faut, j’arrête là les compliments sinon tu vas prendre la grosse tête ;c)

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