Bénarès, lever du jour sur le Gange : une expérience inoubliable.

Nous sommes arrivées à Bénarès samedi matin.

Ville troublante, délirante, démesurée en tout. Ville sacrée et céleste.

Beaucoup de choses à dire sur le sein des seins sacrés de l’Hindouïsme mais avant de vous emmener en balade, je devais vous raconter.

Lever du jour sur le Gange – copyright Carolina Milazzo

Lundi et mardi matin nous sommes allées, au lever du jour, nous asseoir sur les ghâts du Gange (les ghâts sont les dédales de marches qui plongent dans le fleuve sacré).

Les Ghâts sont un des principaux lieux de vie de la ville, on y mange, on s’y délasse, on s’y retrouve, les gamins y jouent au cricket, les sâdhus y viennent méditer ou fumer leurs shiloms, les bœufs s’y baignent, on y prie, on y fait sa toilette et on s’y baigne.
Lundi, puis mardi, à chaque fois que l’astre roi s’est éveillé de sa torpeur nocturne, une émotion immense m’a saisie. Plus forte que tout ce que je n’ai jamais vécu. La seule expérience approchante s’étant déroulée le 31décembre 2002 en plein réveillon du nouvel an, plage de Copacabana – Rio de Janeiro.

Explosion interne, crash de météorites émotionnelles, rire et pleurer, comme un parfait alignement des éléments : l’univers, le feu, l’eau, la terre et tout au bout de la chaîne : moi.

Ce n’est pas une expérience que l’on a la chance de vivre souvent. Rien que d’y repenser les larmes me brouillent les yeux. Cet alignement parfait, cosmique, céleste, magique.

Comme avant de mourir, dit-on, j’ai vu ma vie passer devant mes yeux. La dernière fois, en 2002, cette expérience m’avait fait changer de vie assez drastiquement. Mes proches, mes amis, vous étiez tous avec moi, comme sentant, comme on n’a pas souvent la chance de le faire, que l’on ne fait qu’un avec l’univers. Tout est dans le tout et l’avenir tranchera…

Cette fois encore les éléments m’ont transcendée, j’ai revu tout ce par quoi j’étais passée, les bonnes et les mauvaises expériences, comme un lavement émotionnel. Je suis restée une heure sans pouvoir sécher mes larmes, simplement le regard fixé vers l’horizon, vers ce lever de soleil magique.

Je vous laisse découvrir ces quelques images et vous invite à venir vous asseoir sur les bords du Gange au lever du jour…

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En bref : an incredible journey !

Chaque jour en Inde réserve tant de surprises, de découvertes et de rencontres… et voilà près d’une semaine que je n’ai pas écrit une ligne sur ce blog.

Je sais déjà que je ne rattraperai pas le temps mais on ne peut pas tout faire. J’ai fait le choix d’emporter les dernières corrections à apporter à mon manuscrit pour que la version numérique puis la version papier, en mars d’abord puis au dans le courant du printemps. Du coup, je saute des étapes, des visites et des rencontres.

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Je n’ai rien dit des journées fabuleuses que nous avons passées à Khajuraho, des personnages hauts en couleurs qui ont croisé nos chemins. Dans le désordre : Cathy, américaine adepte du Yoga qui a choisi de démissionner de son poste à la Nasa pour prendre le temps de voir ce qu’elle souhaitait pour la suite, Patrick, Irlandais un peu perché mais au grand cœur, Phil, anglais vivant au Caire, développeur web et traveller et Soum… mon double version homme et Indien, from Mumbai. Parcours quasi similaire, questionnements identiques, développeur et startupeur qui a choisi de quitter son premier job à San Fransciso puis à Londres pour écrire, réaliser des documentaires et voyager. My twin… So glad to know you and to have crossed your path.

copyright Carolina Milazzo
copyright Carolina Milazzo

Khajuraho : village médiéval organisé autour de 25 temples (à l’origine il y en avait 85) construits entre le 10ème et le 11ème siècle, oubliés et redécouverts au 19ème siècle par un Britannique qui réhabilita ce qui pouvait l’être. Magique. Sublime. Connu pour les milliers de sculptures qui ornent les façades des temples, et notamment les quelques postures érotiques (parfois hardcore…) qui choquèrent celui qui en fit le récit au 19ème siècle à la Couronne. On dit que Khajuraho est la ville du Kama sutra. En réalité, il semblerait que nombre d’autres temples en Inde présentent des fidèles en situations explicites, voire carrément obscènes. De là, mille théories, mille thèses dont aucune n’est parvenue à fixer dans le marbre une explication définitive. Anyway…

Notre arrivée à Khajuraho coïncidait presque avec le début du festival de danse. Un festival d’envergure nationale où les plus grands artistes présentaient leur art au public avec, sommum : Free Entrance ! Danse classique, traditionnelle, contemporaine… dans un décors magique, temples éclairés, expositions d’artisans d’art et de peintres. Je pourrais vous en parler des heures mais le temps presse car, depuis, mille autres choses se sont déjà passées.

Nous avons repoussé nos billets et avons pris la route vendredi à 10h pour Bénarès (Varanasi), arrivée samedi vers 7h.

Voyage épique, rickshaw, bus, train couchette, bicycle rickshaw, sieste à l’indienne, entendez à même le sol au milieu de la gare de Satna, thali et chapati élastiques, mais pas d’emmerdes majeures. Et, le jour s’est levé, après 21h de voyage, 21h épiques, mais c’est ça qui fait le charme des voyages, sur la ville sacrée et la dernière grande étape du voyage.

Kasi Chai Shop

Nous voici donc à Bénarès. Deux jours incroyables. Hier soir, je me demandais comment j’allais parvenir à m’entendre avec cette ville et ce soir je me sens juste heureuse et parfaitement détendue.

Par où commencer ? Par le nettoyeur d’oreilles qui va de chaye shop en chaye shop pour proposer ses services ? Par l’éléphant ou les cobras que nous avons croisés en ville ? Par l’étrange odeur de feu de bois qui me colle aux cheveux et à la peau après le passage près des Ghâts de crémation ? Par les tentes des sâdhus qui ont quitté la Kumbh d’Allahabd pour investir les ghâts de la ville sacrée ? Je crois que ça sera pour demain… Ce soir couscous baba chez notre ami Pierre, ami du lycée à Mont de Marsan qui vit depuis 8 ans à Bénarès et que nous avons retrouvé dès les premiers chayes du matin hier, encore harnachées de nos sacs à dos. Pierre qui nous explique ce qui inévitablement reste sans réponse, qui prend le temps de répondre à toutes nos questions, nous guide dans la folie d’une des

Bénares

plus vieilles villes au monde. Pierre qui a tout quitté pour planter du basilic et vendre son pesto aux restos italiens, qui joue parfois dans des Bollywoods, qui prend chaque matin son cours de yoga au temple et qui s’exerce aux tablas tous les après-midi ou,encore qui prend le temps d’accueillir les copains qui débarquent souvent, réserve Guest House et joue les guides dans les restos locaux – hum… le petit karala’s café.. ! Good advice.

Arrivée à Khajuraho – India

Ce matin il pleut et nous avons ressorti les pulls que nous avons enfilés sous nous ponchos/couvertures en poils de Yak. Mon amie vient d’entamer son premier cours de Yoga du voyage et j’écris.

Nous sommes arrivées à Khajuraho hier soir, assez tard dans la soirée, 23h peut-être. Nous logeons dans une nouvelle petite Guest House, le Yogi Ashram Guest House. Un charme fou. La plus adorable du voyage. Une grande maison blanche, plantée dans un grand jardin de manguiers et de fleurs. Malheureusement, pour l’instant, nous n’avons pu nous y délasser. Et, ce n’est pas l’orage matinal qui le permettra. Plus tard.

La chambre est grande, un lit immense, une salle de bain impeccable et nous avons même une douche (une vraie qui sort du mur, pas un baquet !) avec eau chaude ! Magique. Presque attenante à la chambre, une petite terrasse de style colonial, et le silence. Silence absolu, à peine dérangé à l’instant même de notre arrivée, par la déambulation d’un cortège de mariage. Encore. Tambours et disco mobile gueulante. Sommes-nous en pleine saison des mariages ou les indiens se marient-ils tant qu’il est impossible de passer une soirée sans en croiser un ? Deux le premiers soirs dans la rue sous la fenêtre de notre immeuble et, depuis, chaque jour un, deux ou trois mariages… Un vrai business. Mais c’est une autre histoire.

La question sonore revient souvent. Quand nous préparions notre voyage, mon amie m’avait un jour dit « Nous commencerons par nous reposer à Delhi » à quoi je lui avais répondu « je ne suis pas certaine que repos et Delhi dans la même phrase ça colle. » En fait, ce n’est pas Delhi, c’est l’Inde.
D’abord, on n’est jamais vraiment seul ici. 1,4 milliards d’Indiens dans un territoire dont la surface est certes égale à 6 fois celle de la France, mais tout de même. 1,4 millard, ce n’est pas rien.
Ensuite, car les Indiens ne sont pas ce que l’on qualifierait de discrets. Ils parlent fort, discutent énergiquement, négocient, partagent largement leur musique, et klaxonnent.

Le silence matinale qui règne ici, à peine, entrecoupé de sifflements, croissements, roucoulements d’oiseaux et, de temps en temps, d’un lointain moteur, me repose. Vraiment.10 jours dans le bruit quasi permanent, dans l’agitation, dans le tourbillon. Nous avons trouvé ici, un lieu propice à la relaxation, à la médiation, à la concentration. Mon amie y a trouvé un lieu idéal pour reprendre le chemin du Yoga et moi, celui de l’écriture.

Depart pour kajuraho

Notre arrivée ne s’est pas faite sans mal. Nous avons quitté la Guest House de Orccha en fin de matinée. Histoire d’être bien sûres de ne pas rater le train, nous avions prévu trois heures de battement. Notez qu’en Inde, il faut prévoir la journée pour un voyage annoncé de 4h. Les impondérables font la règle. Une fois qu’on le sait, on fait avec. D’abord, après une négociation serrée avec un rickshawalla (conducteur de rickshaw) nous avons obtenu un tarif pour Orccha – Jhansi défiant toute concurrence. Moins cher que l’Indian Price ! Il semblerait que l’on ait pris le pli… pas mal…Mais, après seulement 10 mètres, le tuktuk fait halte : le pneu est défoncé (pas crevé, non, défoncé !) il faut le changer. « No Problem M’ame, 10 minutes » Cette phrase nous l’avons entendue, en 10 jours, des centaines de fois. Mais, désormais, nous savons que cela signifie en réalité : entre une heure et deux d’attente, minimum.Nous en avons profité pour aller saluer nos amis d’Orccha, la petite famille Sonu, Sabita et Nanou. Ils nous manqueront, un dernier petit chaye, quelques photos remises sur clefs USB (Sonu a un ordinateur, un email et un compte Facebook !) nous garderons le contact et, peut-être, retournerons-nous les voir bientôt. Nos vrais premiers amis indiens. Je n’oublierai jamais vos sourires et la gentillesse que vous nous avez témoignée, vos regards et les moments que nous avons partagés. Merci.

Une fois la roue changée, nous avons pris la direction de la Gare de Janhsi. Une bonne dizaine de kilomètres en tuktuk, c’est toujours folkrique. Pour la première fois, nous pouvions vraiment voir les paysages ruraux s’étirer sous nous yeux et, à chaque hameau, à chaque étendue d’eau, des ordures, des poubelles, des déchets…

C’est une question centrale du développement en Inde, les déchets, comme l’eau potable, l’accès aux soins de base, l’accès à l’école. Dans un pays qui fait blêmir les riches occidentaux dans sa capacité à se développer, grandir, prendre des marchés, que notre Président va draguer pour y vendre les fleurons de notre industrie, sans compréhension aucune de la réalité locale, les enjeux eux, restent basiques.

Au cours de cette « balade » en rickshaw, dans un tas de poubelles, encore, un corps. Allongé de tout son long, le visage tourné vers le sol. Un cadavre ? Probablement. Comme abandonné là. La conception de la vie et de la mort est tellement éloignée de la nôtre. La vie n’est qu’une étape de la samsara, le cycle de réincarnation, elle est donc contigente, non nécessaire, relative. Quoi dire de plus à ce sujet ? Nous ne l’avons vu qu’une demi douzaine de seconde. Un corps. Point.

A la gare de Janhsi.
Notre train n’était évidemment pas affiché en pénétrant dans le hall central. C’eût été trop beau. Persuadées que nous étions pour cela trop en avance, nous sommes dirigées vers les retiring rooms, ces petites salles d’attente top confort que l’on trouve dans toutes els gares indiennes, où sanitaires impeccables et télévision permettent aux passagers de patienter. A défaut de faire arriver les trains à l’heure, les Indiens aménagent des espaces d’attente confortables. On appelle ça le sens pratique.
Là, avec les femmes, question de sécurité oblige, nous avons découvert l’équivalent des Novelas (feuilletons) brésiliens, version Indiens, dans la salle d’attente réservée aux femmes. En tous points identiques à la version latino américaine : mêmes plans, mêmes genres de personnage et d’intrigues, de fonds musicaux… seules les tenues changent, ici sarrehs et pydjamas de rigueur.
Et, nous avons attendu. Attendu que notre train soit affiché. Une heure était passée, le train n’était toujours pas affiché. Il était censé partir un quart plus tard et nulle trace du Janhsi – Khajuraho n°19666. Un peu inquiètes, nous avons posé la question aux passants, aux guichetiers des boutiques sur le quai… Réponse identique : « No problem, m’ame, 10 minutes, good Platform, n°2, no problem. » Encore. Et nous attendons. Une heure de retard, assises sur le quai, toujours rien. Calmes et résignées. Comme tout le monde. Le temps d’observer la vie qui s’installe entre les voies, les petits commerces, le libraire ambulant, le stand à téléphones, la chipserie (à défaut de sandwich on y trouve surtout des chips et du thé, évidemment), le primeur (bananes, raisins, pommes…), les porteurs de bagages vêtus de rouge, les panneaux  « Interdit de cracher », quand tous s’y adonnent sans gêne aucune. Les retards ont ça de bon, d’une certaine manière ils génèrent une économie liée.
Une idée à suivre en Europe. On se plaint des retards répétés de la SNCF, plutôt que d’y trouver à redire, inventons une façon de transcender ces moments d’attente. Après le marketing d’attente, si on inventait des activités de l’attente… ?

Le sous-continent est extrêmement bien maillé par son réseau ferroviaire, on peut rejoindre à peu près n’importe quelle ville par le rail. La seule vraie difficulté, ce sont les retards et même parfois, l’absence des trains. Retards et annulations, sont courants. On fait avec et, au final, ça semble fonctionner.

Je décide d’aller voir au tableau d’affichage central, à l’entrée de la gare. Le train est là, annoncé dans 10 minutes. Ouf. Hourra. Je remonte à toute allure vers le quai, escaliers, rampes, sorry sorry, je me glisse entre deux sacs à dos de touristes et les valises d’une petite famille et retourne retrouver mon amie lui annonçant que le train ne va plus tarder, dix minutes tout au plus. 10, 20, 30 minutes toujours rien. Quand encore 45 minutes sont passées, le train s’affiche enfin sur les tableaux de notre quai. Depuis deux heures que nous sommes assises sur ce quai, quelques trains sont passés, et dans les enceintes la voix ne s’est pas arrêtée : citant toutes les destinations desservies depuis la gare, « Your Attention please.. blabla.. Agra.. Delhi.. Mumbai.. Kajurahao.. blabla » mais toujours pas de train.
Là, la petite voix dans les haut parleurs annonce « your attention please.. blablabla.. Kajuraho.. just five minutes… » Si même la voix s’y met… On n’est pas sortie de l’auberge. Crise de fou rire, nerveux, peut-être ? L’Inde c’est comme ça, tu veux prendre le train ? S’il vient tu seras heureux qu’il t’emmène à destination. Sinon, tu reviendras demain.
Bon, avec nos deux bonnes heures et demi, presque trois heures de retard nous sommes arrivées dans la nuit à Khajuraho. Averses, tonnerre. Heureusement, nous avions anticipé en demandant à l’hôtel d’envoyer quelqu’un nous chercher. Notre rickshawalla nous attendait, malgré le retard. India is magic. Nous sommes montées dans son petit tri-roues motorisés, à peine protégé de la pluie par deux bâches plastiques de chaque côté, les fesses mouillées sur le sky noir qui n’avait pas été protégé, en route pour encore 15/20 minutes d’une « balade » nocturne, sous la pluie, dans le froid pour de nouvelles aventures.
Et nous avons découvert notre nouvelle maison, le Yogi Ashram Guest House, ce qui se rapproche le plus d’un Ashram depuis le début de notre séjour. Une résidence calme où sérénité rime avec concentration.
Dernière étape avant Bénarès.

Khajuraho est un petit village, le Routard indique que seuls 4000 habitants y résident, mais il recèle des trésors archéologiques, une série de 25 temples construits entre 950 et 1050, complètement oubliés et redécouverts par un Britannique au XIXème siècle. Lieu fort du tantrisme et site classé au patrimoine mondial de l’Unesco, nous y resterons quatre jours. Quatre jours de balades, de concentration, de yoga et d’écriture avant de rejoindre notre destination finale Varanasi/Bénares.
J’essaierai de rattraper un peu le retard de tout ce que je souhaite vous raconter et monter les images qui commencent à s’accumuler mais je ne vous promets rien. Je suis d’abord ici pour apporter les dernières corrections à mon manuscrit…

Très bonne journée mes amis.

Cooking Lesson au Moonlight Restaurant – Orccha India

Assise en tailleur sur la petite marche qui sépare la cuisine du Moonlight de la salle version top roof (toit terrasse), mon esprit vagabonde.

Nous avons passé presque toute la journée

COOKING LESSON MOONLIGHT

assises en tailleur dans l’arrière-salle du restaurant que nous avons choisi, dès notre arrivée, comme notre futur repère. Et, une fois n’est pas coutume, immédiatement nous avions sympathisé avec cette si charmante famille.

Sonu, Sabita et Nanou, leur petite fille de deux ans. Nous les aimons déjà et, d’une certaine manière, ils nous ont adoptées. Depuis quatre jours nous dînons, déjeunons et

SABITA

même parfois petit déjeunons ici. Sabita, toujours drapée dans de superbes sareehs violets, affiche les généreuses formes de la future maman. Dans quelques semaines elle donnera naissance au petit frère ou à la petite sœur de Nanou – en Inde il est rare que l’on connaisse avant le terme le sexe de l’enfant. Ils nous ont expliqué qu’elle partira bientôt dans sa famille pour l’accouchement.

Contrairement à de nombreux couples d’Indiens, où la place de la femme n’a rien d’idéal, eux se chamaillent, discutent, négocient, et roucoulent. Un vrai petit couple d’amoureux. Nous les aimons, ils sont devenus nos amis, notre famille d’adoption. Ils se défoncent dans leur petit restaurant pour assurer un avenir meilleur à leur fille, lui offrir des études, et tout ce qu’elle voudra.

D’une certaine manière, en les regardant s’occuper si adorablement de leur petite Nanou, je me suis dit que malgré eux, ils préparaient la relève et même, un bout de l’avenir du monde. La rapidité avec laquelle l’Inde se développe tant économiquement que

NANOUdémographiquement lui assure un rôle de premier ordre dans les 20 ans à venir. Et, les enfants qui y grandissent aujourd’hui, y feront leurs études ou voyageront de part le monde, seront au cœur du monde de demain. Ils ne le savent pas, ils ne peuvent pas le savoir depuis le toit terrasse de leur petit restaurant mais leur fille et ses camarades de jeux, changeront le monde.

Heureuse d’avoir pu assister à ce monde en changement, heureuse d’avoir serré dans mes bras l’avenir du monde, comme une vague d’espoir entre mes épaules, confortablement installée dans les pans de ma jupe en tailleur. Un petit bout de petite fille, un grand bout d’espoir.

Avec ses crocs roses aux pieds et son jean, du haut de ses 50 centimètres, elle observe de ses deux pupilles noires intense et apprend, comment utiliser un Iphone en moins de 10 minutes ou les cours de la bourse en ligne… So cute.

Nous avons donc passé la journée avec eux, à cuisiner avec les femmes et à servir en salle avec les hommes. Pour la première fois, m’a avoué un homme à table, ils étaient servis par des européennes. Ajoutant qu’ils étaient extrêmement touchés d’une pareille marque de respect. Que répondre, si ce n’est les paumettes rosies, les mains jointes devant soi, que c’est un bonheur et une joie pour nous de partager ce moment avec eux, qu’aider – les avons nous seulement aidé, tout moins nous avons tenté de me pas les déranger – cette famille est un plaisir… Franchement que dire ? Merci. Namasté.

Nous avons même eu droit à la vidéo, aux photos et aux « pourquoi êtes-vous là ?? ».. Tellement étrange pour eux de voir ces deux jeunes nanas européennes servant l’eau (pani) et les chapatis cuits à l’huile bouillante (puri)…

Un moment de grâce, assises en tailleur, à même le sol, les femmes pétrissant, étalant et faisant frire la pâte, les hommes servant les plats et nous, aidant qui au service de l’eau, qui à la cuisine, comme nous pouvions. J’ai envoyé une photo de ce moment magique à l’un de vous qui m’a répondu « ils n’ont rien ». Ces quelques mots ont résonné en moi, étrangement… Je ne m’étais, à aucun moment, posé la question en ces termes. C’est vrai, qu’ils ne disposent pas d’un joli plan de travail carrelé, ni de tabliers blancs, encore moins de grands éviers en inox ou de friteuses ultra modernes mais ils ont l’essentiel. La relation. L’humanité.

PURI

Cet instant de grâce hors des temps modernes, très éloigné de ma vie full connected, des salons professionnels, des buffets de petits fours et de coupes de champagne, m’est sincèrement apparu comme un moment d’intense humanité. Comme si, je me sentais plus humaine, plus viscéralement humaine, que je ne l’avais depuis longtemps été.

Les rires des enfants dans la semi-pénombre de l’arrière cuisine, le feu crépitant sous la gamelle d’huile bouillante, les conversations des femmes en tailleur, les mains qui se saisissent à plein des petits plats, les gobelets d’eau en plastiques, les galettes de puri jetées dans le papier journal, les petits doigts des gamins tripotant la pâte, les sourires, ses rangées de dents blanches amusées, les visages, les étincelles dans les yeux, les tikkas bordeaux entre les pupilles…

BOY AT MOONLIGHT

En Europe nous vivons en une minorité qui se croit éclairée. La grande majorité de l’humanité ne se soucie pas des derniers gadgets hightech, et pourtant ce sont eux qui les fabriquent… Dire que ces gens ont ce que nous n’avons perdu, l’humanité et la relation à l’autre, peut apparaître comme galvaudé à l’excès, sûrement, mais, aujourd’hui j’ai eu l’impression que c’était vrai.

Je me suis sentie vivante, très vivante, les pieds bien ancrés dans le réel. Là où je devais être. Au bon endroit, au bon moment, avec ceux que je devais rencontrer.

Merci à vous qui ne lirez jamais ces réflexions, merci à tous ceux qui ont croisé ma route aujourd’hui, hier et demain, car vous m’avez guidé ici.

Money, That’s What I Want ?

Money India - 100 rupees - GandhiDes vacances pas chères. Certains ont fait des yeux ronds quand j’ai annoncé que je partais six semaines à l’autre bout du monde. Si le billet d’avion, le visa et les vaccins relatifs (je n’avais pas fait les rappels depuis plus de 10 ans) représentent en effet une certaine somme, pas loin de 700 euros le tout, la vie ici est plus que bon marché. La Guest House où nous dormons actuellement coûte 250 roupies pour deux, l’équivalent de 4,5 euros. Nous mangeons pour environ 500 roupies par jour, budget quotidien entre 10 et 20 euros. Pour être plus claire, nous n’avons pas dépensé chacune plus de 100 euros au cours de la première semaine, en comptant les billets de train, les visites, l’hôtel et les repas… C’est dire. En France, entre le carburant, les courses, le péage ou les tickets de transport en commun, ça nous aurait coûté plus cher. Le principal frein pour un voyage ne doit pas être l’argent, surtout quand on opte pour des destinations comme l’Inde – évidemment, le problème n’est plus le même quand on parle des USA ou de l’Australie.

Nous aurions pu, pour le prix d’une chambre dans une auberge de jeunesse en France, nous payer de belles et élégantes chambres dans des palaces types maharajas, mais on ne voyage pas pour ça. En tout cas pas moi.

Au même titre que j’ai aimé sentir mon cœur palpiter en montant dans le bicycle rickshaw, j’ai aimé l’agacement et la déception des fake qui nous ont désorienté, j’ai apprécier sentir dans ma chaire la douleur de la dignité perdue de ces si nombreuses personnes accroupies au bord du rail au petit matin, ou la marque indélébile de ces regards d’enfants à demi abandonnés, de ces corps vieillis, à la peau flétrie, mendiant quelques roupies ou un peu de pain.

Cuisine Temple View Guest House Orccha India

Voyager c’est faire preuve d’empathie et d’amour. C’est ouvrir son cœur et en vider toutes les peurs pour y laisser entrer la vie, à l’état brut. Voyager c’est épouser le quotidien de l’autre, sentir dans sa chaire la sensation d’une toilette au baquet, d’un thé dans une tasse pas toujours étincelante de propreté, passer par les cuisines où les becs de gaz en équilibre semblent sourire aux épluchures de pommes de terre oubliés au sol. Mettre ses sens en éveil, observer et ne pas juger. Ouvrir son âme et oublier ses habitudes, ses a priori, ses repères et longer à cœur perdu dans l’autre.

Aucun voyage de ce type ne laisse indemne. Il rend meilleur. Enfin, je crois.

Agra Fort et le Taj Mahal.

Evidemment je pourrais jouer les journalistes factuels, vous relater la légende historique liée au monument, vous balancer quelques dates marquantes, en une description archéologique mais je préfère en céder, sans regrets aucun, à Wikipédia le plaisir de s’y livrer ;

AGRA FORT TAJ MAHAL

Le fort rouge d’Āgrā (ou Fort d’Āgrā, hindi : आगरा क़िला, ourdou : آگرہ قلعہ) est unfort situé à Āgrā dans l’état de l’Uttar Pradesh en Inde. C’est le plus grand fort de l’Inde. Il a été classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1983.

Mentionné pour la première fois en 1080, c’était alors un simple fort. Après qu’Akbar a décidé de faire d’Āgrā sa capitale en 1558, il le fait reconstruire pour en faire un palais résidentiel pour son fils Jahāngīr. La construction s’étend sur huit années pour s’achever en 1573. À partir de ce moment-là, le fort n’est plus seulement une place militaire mais aussi un lieu de résidence. L’architecture est de style hindou, le style moghol s’affirmera plus tard sous Shāh Jahān.

La forteresse de ses murs en grès rouge de 2,5km surplombant un fossé, renferme la ville impériale des souverains moghols.

Le Taj Mahal (en hindi : ताज महल, en ourdou et persan : تاج‌محل), joyaux de l’architecture Islamique, qui signifie « Palais de la Couronne », est situé à Âgrâ, au bord de la rivière Yamunâ dans l’État de l’Uttar Pradesh en Inde. C’est un mausolée de marbre blanc construit par l’empereur moghol Shâh Jahân en mémoire de son épouse Arjumand Bânu Begam, aussi connue sous le nom de Mumtaz Mahal, qui signifie en persan « la lumière du palais ». Elle meurt le17 juin 1631 en donnant naissance à leur quatorzième enfant alors qu’elle allait à la campagne. Elle trouve une première sépulture sur place dans le jardin Zainabad à Burhanpur. À sa mort, survenue le 31 janvier 1666, son époux fut inhumé auprès d’elle.

La construction commence en 1631. Cependant, il demeure une incertitude sur la date exacte de la fin des travaux. Le chroniqueur officiel de Shâh Jahân,Abdul Hamid Lahori indique que le Taj Mahal est achevé fin 1643 ou début 1644. Mais à l’entrée principale une inscription indique que la construction s’est achevée en 1648. L’État de l’Uttar Pradesh, qui a célébré officiellement le 350e anniversaire de l’édifice en 2004, affirme quant à lui que les travaux se sont achevés en 1654. Parmi les 20 000 personnes qui ont travaillé sur le chantier, on trouve des maîtres artisans venant d’Europe et d’Asie centrale. L’architecte principal fut Ustad Ahmad Lahauri de Lahore. Le 7 juillet 2007, le célèbre monument a été désigné comme l’une des sept nouvelles merveilles du monde par la New Seven Wonders Foundation.

Je préfère vous donner mon ressenti. Qu’il s’agisse de l’Agra Fort ou du Taj Mahal, que l’on visite aisément dans la même journée, on s’y retrouve comme au pied de n’importe quelle attraction touristique du monde : Tour Eiffel, Versailles, Corcovado, Taj Mahal.. même combat… De grands monuments, symboles majeurs à l’international, sortes de Walt Disney où étrangers et Indiens se pressent par cars bondés. Mais, comme le mentionna Jo, notre ami québécois du jour, généralement quand un monument est touristique, malgré tout, il y a une raison. Et, bien que nous préférions les visites hors des sentiers battus, loin des parkings des cars d’appareils photos aux objectifs à rallonge, arpenter les jardins du Taj Mahal, c’est quelque chose. Majestueux, grandiose, et la lumière du jour descendante, les orangés et les roses du soleil couchant ajoutaient à la magie du moment. Ce que vous ne verrez pas c’est la douceur du marbre sous nos pieds, tel une couverture de velours de pureté sous nos orteils réchauffés par le soleil hivernal.

Un détail marquant cependant : l’ensemble du monument est rendu accessible aux personnes en fauteuil roulant, où rampes aménagées maillent le site. Alors, malgré la saleté des rues, les disparités hurlantes, la pauvreté galopante, on se dit que l’Inde a une longueur d’avance dans le traitement qu’elle accorde à la différence.

Je vous laisse découvrir en images.

Assise dans la petite cour de notre Guest House, le soleil berçant la matinée de douceur sur fond de brouhaha constant, musique criarde, klaxons, conversations multingues, dur d’organiser mes pensées pour rendre avec précision ce que j’ai ressenti en visitant ces monuments. Mais si vous passez par l’Inde ne vous privez pas de cette expérience. « Incredible India »

Réflexion du matin : malade en Inde, guides de voyage etc.

DSC00161Alors que tous ceux qui sont allés en Inde m’ont prévenue – tu vas tomber malade, personne ne va en inde sans attraper une bonne tourista – ce matin, c’est une crève carabinée qui me bouche les voies respiratoire quand mon système digestif est au beau fixe. Merci, mais côté estomac tout va bien. Qui l’eut cru. J’avais prévu médicamenteusement parlant imodium et autre tiorfan mais rien pour les bronches. Heureusement, je voyage en compagnie d’une infirmière tous terrains. Une goutte d’essence d’eucalyptus dans un peu d’eau chaude, un comprimé de paracétamol, une rallonge de sieste et ça devrait aller mieux.

Penchée sur mon bol d’eau à l’eucalyptus, je pense aux échanges que nous venons d’avoir avec le groupe de Coréens qui se sont installés dans la même Guest House.

Comme tous les touristes du monde, ils sortent leur guide de voyage de leur sac à dos, et échangent sur leurs projets de la journée : comme cet ouvrage, tout en idéogrammes, nous apparaît utile et bien conçu! Trucs et astuces, photos pratiques : explication d’un ticket de train, comment découper un chapati avec la seule main droite (l’autre étant réservée aux usages moins nobles), photos des guest house (avoir une idée visuelle de ce que l’on cherche ça aide quand on est dans la rue)…

Voilà un vrai guide de voyage, voilà ce qui nous manque, voilà de quoi envoyer les Lonely Planet et autres guides du routard se rhabiller. Voilà peut-être une idée à suivre… Sans compter que ce genre de vie me séduit… Comme le reste, doit faire ses preuves à l’examen. Nous avons décidé de prendre le temps d’observer plus attentivement les guides des différents backpackers que nous croiseront désormais sur notre chemin.

Alors m’est revenu en mémoire l’image des faux offices du tourisme qui pullulent à Delhi. Précédemment, je suis passée un peu vite sur ce point.

Il y en a tous les 50/100 mètres. Visuellement on peut se laisser berner, slogan de l’office du tourisme national « Incredible India », bureaux individuels, agents « assermentés », superbes photos d’un dromadaire sur fond de coucher du soleil, un éléphant se baignant dans un cours d’eau, une cascade, l’imposant Taj Mahal, les temples ou les ghâts de Varanasi… De quoi envoyer le touriste sur orbite, le bercer de rêves d’exotisme spirituel en un quart de seconde. Juste assez pour annoncer des tarifs exorbitants, dépassant toute grille conventionnelle, multipliant par 10, voire par 100 le prix d’un billet de train ou celui d’une nuit d’hôtel. Le change avantageux de l’euro, ramenant le prix d’une chambre dans un palace à celui d’une nuit en camping ou en auberge de jeunesse, et donc laissant le touriste crédule sortir ses liasses de roupies… Qui croire ? Ils sont tellement nombreux et nos guides de voyage, justement, nous en recommandent certains. Alors, on finit par atterrir dans de sombres guets-apens.

La meilleure méthode pour voyager en Inde, reste définitivement identique à celle que nous adopterions en France : aller à la gare acheter son billet de train (International Tourist Bureau, au 1er étage !), se promener dans les rues pour trouver un hôtel, quitte à en changer si la première nuit n’est pas apparue satisfaisante (n’hésitez pas à demander à voir les chambres avant, à ouvrir les robinets pour vérifier s’il y a de l’eau chaude, à vérifier avec vos appareils si le wifi fonctionne et à vous assurer que vous êtes bien d’accord sur le prix – x roupies la nuit pour une chambre pour deux/trois personnes – car, en fin de séjour tout à coup l’hôtelier peut vous dire que vous n’avez pas compris et que le tarif indiqué était par tête. Mon œil)

Il ne faut pas hésiter à refuser un tarif s’il ne correspond pas à celui annoncé. Quitte à menacer de partir sans payer. Etre ferme. Si on ne tente pas, on n’obtient rien. Et ça, les Indiens le savent bien. Ils plieront si vous restez fermes. Comme pour les taxis et rickshaws, où le moyen le plus sûr est le prepaid, la fermeté dans le business, dont vous êtes le héro ou plus souvent le perdant, est de mise.

Donc, pour conclure, voyagez à l’étranger comme vous le feriez en France : la gare pour les billets de train, le web ou votre guide pour réserver un chambre (toujours pour une nuit, ainsi vous pourrez en changer si le service n’est pas à la hauteur). Pour les visites et ce qu’il faut voir, Internet regorge d’idées et les guides de voyages, même s’ils sont beaucoup moins bons que ceux qu’utilisent nos amis Coréens, suffisent amplement.

Bon voyage mes friends!